miercuri, iunie 5

Pablo Neruda - Je t'ai revée un soir...




Femme, songe oů fusionnent toutes mes fictions,
tu as vibré comme réelle dans mes nerfs;
pleurant dans mes sentiers de l'illusion perdue,
j'ai senti m'effleure ta beauté inconnue.

En flétrissant mes ręves et mes folles chimčres
je t'ai forgée ŕ brides de ciel et de chair,
comme une résurgence ou pareille au printemps
dans la foręt de tant d'aberrants idéaux...

Ta chair divine et parfumée, je l'ai ręvée
au milieu des tourments morbides de mon ętre;
et bien que floue, je sais, Aimée, comment tu es,
fiction faite réalité en chair de femme...

Je te cherche dans les yeux de toutes les femmes,
je te cherche et jamais n'ai pu te rencontrer.
Dans ma désillusion s'abrite l'illusion
que tu es ou seras plus belle qu'aucune autre.

Mes ręves te voudront éternellement mienne,
jaillissant de la nuit de toutes mes tristesses,
germe de joies étranges qui aviveront
la flamme que répand ta beauté inconnue.